Rite de passage d’un enfant de la banlieue – et autres réflexions

Vieux billet mais il vaut quand même la peine d’être là. (Il date d’octobre)

Ce billet s’adresse aux non-banlieusards parmi vous. Vous ne pourriez comprendre puisque les us et coutumes de vos grandes villes diffèrent de ceux qui ont court dans les couronnes comme on les appelle.

Ayant grandi sur la rive-sud à partir de l’âge de 6 ans jusqu’à mes 19 ans, j’ai été esclave d’un système de transports en commun déficient et insuffisant doublé de grands espaces à parcourir pour aller… ben pour aller partout en fait! Ce qui fait que l’attrait de l’idée de liberté associée à l’automobile était relativement fort présent chez moi. J’ai franchi toutes les étapes nécessaires (examen théorique, permis d’apprenti, pratique avec l’unité parentale, etc.) jusqu’à ce que je déménage en ville et n’eut plus besoin de me soucier des questions de transport puisque le transport en commun montréalais est, somme toute, adéquat.

Je n’ai donc pas pris rendez-vous pour passer mon permis et suis resté 5 ans durant dans la métropole sans me soucier de pouvoir en toute légalité conduire un véhicule de promenade sauf lorsque de gros achats (littéralement gros, non pas dispendieux) se voyaient nécessaires ou lors d’escapades en région.

Cependant, étant passé du côté obscur de Montréal, sur la méchante Rive-Nord («C’est loin Laval.. gna gna gna…»,  «Quand-est-ce que t’achètes une Civic montée avec des néons… gna gna», «Pis? Le Fuzzy c’est l’fun? …gna gna», etc.) et la vie faisant son cours, un jours j’aurai un mini-moi et le besoin de le reconduire à la garderie, d’aller acheter des paquets de couche par centaine chez Costco ou que sais-je? Je suis donc allé passer mon permis. Paf! Comme ça, une shot, le banlieusard en moi est pas mal fier de lui.

– Petit aparté, je vois Montréal de chez-moi. Je suis à, littéralement, 15 minutes de marche d’un métro. 45 minutes de vélo me séparent du centre-ville de Montréal, 25 du Marché Jean-Talon et 35 du Plateau. Ça fait que… –

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La culture de l’automobile et Laval

Hier soir, soit vendredi, ma copine et moi écoutions le très bon bien que très « célébration de l’American Dream » Slumdog Millionaire quand nous fument dérangés par la culture lavalloise dans ce qu’elle a de plus dérangeant, j’ai nommé : le char monté. 

Je n’ai rien contre l’automobile en tant que tel, ce moyen de transport qui a révolutionné notre façon de nous déplacer en occident et qui a façonné le paysage en Amérique du nord. Loin de là, je trouve qu’il s’agit d’une superbe invention, on s’entendra que technologiquement parlant, c’est assez bien fait une auto, bravo à l’inventeur. 

Le hic, ce qui me fait tiquer, rager, souhaiter que j’avais à ma disposition un lance-roquette c’est le bruit que font les dites automobiles lorsque leur propriétaire, dans un élan de « j’me prend pour Leonardo Davinci même si je sais pas trop c’est qui à part qu’y ont fait un livre avec son code », modifient leurs véhicules pour amplifier le son émis par le moteur. Je sais que c’est une manifestation de leur ça et qu’ils sont dépourvus de surmoi les pauvres. Pour eux, le son de leur moteur est intimement lié à un sentiment de puissance et de contrôle sur leur existence en manque de sens et il s’agit là de leur seul moyen pour combler le vide mais pour moi, c’est une nuisance sans nom.  

Ces gens ne semblent même pas savoir que ce qu’ils font est illégal. Tout ça m’a mené à une réflexion sur la culture de l’automobile dans ma ville palindrome (parlant de palindrome, voir ceci). Laval, ancien territoire agricole jusqu’aux environs de 1950, semble s’être développé comme un gigantesque boulevard Taschereau (i.e: sans planification urbaine apparente et dans le seul but de glorifier la surconsommation et les grandes surfaces) à une époque où chacun avait deux automobiles et l’essence ne coûtait pas cher…  En ce temps d’insouciance environnementale, on a dézoné à qui mieux mieux et on a bétonné la ville pour permettre à ces moyens de transports individuels, symboles de liberté, de circuler en toute aisance à travers la ville.  

Comme les instances dirigeantes de la ville n’ont jamais connu autrement qu’en photo les transports en commun, rien n’a été pensé en fonction du citoyen non motorisé.  Les distances sont grandes entre les commerces et les lieux d’intérêts publics, les trottoirs sont quasi inexistants à plusieurs endroits de la ville et les fréquences des autobus sont atroces hors-pointe ce qui a pour effet d’engendrer une jeunesse motorisée et bruyante, par imitation.  À quand des circutis d’autobus fermés par quartier, faisant le tour des points d’intérêts (bibliothèques, épicerie, pharmacie, clinique, commerces divers) et adaptés pour cette tâche (i.e: plus d’espace pour des chariots, non-maximisation des places assises, pourquoi pas des supports à vélos?, etc.)?

C’est possible de repenser la ville en fonction des citoyens et de dynamiser le commerce local, de rendre le paysage urbain agréable et d’impliquer els citoyens dans la démarche. C’est certain qu’un citoyen qui marche dans son quartier et qui connaît ses commerçants locaux va être plus intéressé par le développement de sa municipalité qu’un résident qui passe son temps dans son auto à filer d’un bout à l’autre de la ville et à aller passer le plus clair de son temps à Montréal. La culture de l’automobile produit des résidents et une ville dortoir alors qu’un recadrage et une planification urbaine responsable engendrent des citoyens et une Cité. 

Fléau des banlieues

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